02.10.2007
LE POUVOIR D'ACHAT
On ne parle que de lui (bon, ok, pas autant que de Sarkozy, mais presque !). Il paraît qu’on ne peut vivre que grâce à lui.
Mais quel est donc ce pouvoir que nous sommes censés avoir ? Le pouvoir d’acheter, donc de dépenser, donc de s’appauvrir, donc de travailler plus pour gagner plus et de dépenser plus pour être obligé de gagner toujours plus pour pouvoir dépenser de plus en plus… Bref l’enfer, quoi !
Un super pouvoir… de dépendance ! Le super slogan du libéralisme aveugle et galopant : « Devenez Fric Addict ».
Quand est-ce qu’on arrêtera de nous entretenir dans cette illusion qu’on ne peut se réaliser dans la vie qu’en gagnant toujours plus d’argent ?
Sur ce sujet de l’enrichissement à tout prix, allez voir le blog/journal de bord de création d’une compagnie marseillaise (Sam Harkand & Cie/théâtre Marie-Jeanne) qui prépare une nouvelle création, « Cavale, le Cabaret Grotesque » et dont j’avais adoré le spectacle « Arturo Ui, Farce Bouffonne » sur l’ascension d’un tyran.
Une lettre résume aussi très bien cette situation de leurre organisé dans le courrier des lecteurs de Télérama :
« Tomber amoureux du pouvoir d’achat. Acheter plus vite, plus tôt, plus de trucs pas chers importés de Chine. Les jeter parce qu’ils ne marchent pas. Polluer. Consommer les ressources naturelles […] Délocaliser les fabrications pour que ce soit moins cher, et donc augmenter le pouvoir d’achat. Augmenter les cotisations Assedic et les impôts pour compenser le chômage. Consommer toujours plus. Etre frustré de ne pas avoir plus. Le discours de tous les partis sur le pouvoir d’achat n’a plus de sens aujourd’hui. Est-on plus heureux parce qu’on achète plus ? Ou bien parce qu’on existe plus, qu’on a des amis, qu’on est reconnu, qu’on peut se loger et se nourrir ? […] N’est-ce pas mépriser les gens que de donner la priorité au pouvoir d’achat ? » (courriel de Daniel Chatou)
On nous entretient dans cette illusion destructrice que la réussite de notre destin passe automatiquement par le pouvoir d’achat. On nous parle à longueur d’année des classements des plus grosses fortunes du monde. On nous fait saliver devant des reportages sur des milliardaires et leur mode de vie. Est-ce qu’on fait des émissions de ce type aux heures de grande écoute sur les prix Nobels, les grands scientifiques, les artistes indépendants (oui, parce que les grands artistes styles
Francis Huster, Robert Hossein, Muriel Robin et Line Renaud, eux, c’est sûr on ne risque pas de les oublier… Ah, oui mais eux, ils font vendre du créneau pub, vous comprenez ! Et juste en passant : merci Envoyé Spécial pour ce documentaire absolument indispensable nous montrant les deux comédiennes (Robin/Renaud) apprenant leur texte dans une maison de campagne au bord d’une piscine : très représentatif de la réalité des compagnies de théâtre en création dans notre pays !)
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Résultat : quand on demande à un môme quel est son rêve, désormais celui-ci passe par le nombre de zéros sur son futur compte en banque !
Dans les banlieues, ils rêvent de devenir Zidane, pourquoi ? Pour la réalisation de soi par l’exploit sportif ? Plutôt pour gagner un max de fric pour s’acheter une bagnole à faire baver les potes, emblème de la réussite affichée, et pour certains, obtenir un pouvoir, un respect (tu parles d’un respect !) qu’ils n’auraient pas sans cela. Car la respectabilité est apparemment une chose qui s’achète !
Il y a un domaine où je suis toujours halluciné de voir à quel point le fric a tout gangrené : le rap. A la base, cette musique de révoltés – comme ont pu l’être le jazz, le rock, le punk avant d’être récupérés – est née dans les banlieues. Le message en était parfois violent mais sincère et utile. Puis de musique maudite, elle devenue musique « bankable ». Elle s’est « professionnalisée », vulgarisée, popularisée et… enrichie.
« Pourquoi pas ? » me direz vous. Quand on travaille, y compris pour un artiste, on doit recevoir un salaire. Mais le business et ses gros chèques ont pris le pas sur l’expression artistique bien souvent. Et la revanche des petits jeunes de banlieue devenus grands, ça a été les grosses voitures, les grosses maisons, les filles, l’influence. Puis le Gangsta Rap est passé par là (merci les Etats-Unis pour leurs inspirations toujours si innovantes !) et l’imagerie revancharde de certains jeunes traités comme des parias a été de dépasser en tout ceux qui les méprisaient. Et ils ont fait comme eux, voire pire qu’eux jusqu’à inventer la musique mafieuse (oui, oui, avec tous les business et les rapports de force que ça implique). Regardez ce qu’est l’imagerie dans les clips et les CD de Gansta Rap et, par extension, d’une majorité de rappeurs plus classiques qui ne veulent pas passer pour des « tapettes » (et je ne parle pas des clips r’n’b dont même les filles sont complices en s’exhibant toujours plus « parfaites » et toujours plus vulgaires).
Heureusement il y a des exceptions en ce domaine parmi lesquelles Abd El Malik. Pour moi c’est toujours un bonheur d’entendre ce mec-là chanter ou parler. C’est le premier rappeur que j’entends parler de réussite personnelle en des termes humains, artistiques et spirituels (oserais-je dire philosophiques ?)
Quelques phrases du monsieur que j’ai glanées dans une interview accordée à Télérama (oui, encore… mais ce n’est pas ma Bible, je le vous jure !), et qui me rassurent sur l’état du rap et des rappeurs.
« Je ne confond pas la vie et le décorum ».
« Beaucoup semblent se reconnaître en moi. J’ai le sentiment de libérer une parole, de donner du courage. Je leur montre qu’on peut se sortir des carcans et des discours formatés ».
« Je suis un homme libre, j’aime la liberté des autres ».
« Avec les média, je reste très vigilant, je décline la plupart des interviews. Les médias ont besoin de nourriture, je ne veux pas être leur hamburger »
« Je suis ni un animateur social, ni un politique. Je suis un artiste. »
« Depuis quelques temps, on entend beaucoup de choses du genre ‘nique Sarko’. On peut s’opposer à des idées, mais pas par l’insulte. Je préfèrerais entendre parler de l’importance du système républicain, démocratique, laïque. Les insultes réduisent le rap à une enfilade de slogans… »
Et il cite le philosophe Wittgenstein : « La meilleure des choses que l’on puisse faire pour améliorer le monde, c’est s’améliorer soi-même. »
Bref, lâchez-nous avec votre pouvoir d’achat pour tous. Donnez plutôt à chacun d’entre nous, citoyen français, ou citoyen de tout pays du monde, le pouvoir de penser par nous-même qui nous donnera le pouvoir de décider, de résister quand il le faut.
Mais peut-être que cela ne fait pas l’affaire des « grands manitous » de la décision.
En ce qui me concerne et pour conclure, j’essaie de garder un esprits vigilent, même s’il se fait quelquefois piéger et je travaille plus si je m’épanouis plus.
08:15 Publié dans Quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



