01.12.2007
BIENVENUS DANS LE MONDE DU REEL
Un silence de quelques semaines où mon syndrome récurrent de Loup des Steppes m’a repris. Loin de mon ordinateur, loin de mon poste de télévision, loin d’un peu tout.
Retour à la réalité…
Je trouve tout d’abord parmi mes mails celui d’un ami artiste qui m’envoie cet extrait de la circulaire de Nicolas Sarkozy à Christine Albanel, Ministre de la Culture. Je vous fait partager cette perle nacrée aux couleurs d’un populisme un peu criard à mon goût.
«[Vous veillerez] à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public. Vous reformerez à cette fin les conditions d’attribution des aides (…) La démocratisation culturelle, c'est enfin veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public. Vous réformerez à cette fin les conditions d'attribution des aides en créant des commissions indépendantes d'attribution associant des experts, des artistes et des représentants du public. Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions. Dans le même esprit, et de manière alternative, vous examinerez dans quelle mesure le dispositif d'aide à la production cinématographique, qui repose en partie sur le succès public des œuvres subventionnées, pourrait être appliqué au théâtre, ce qui n'interdit pas de le moderniser par ailleurs. »
Alors voilà, on y est : le capital de la culture est ouvert à la concurrence. Sondages d’opinions, sélections de panels et études de marchés en vue !
Que souhaite le public dans sa majorité ? Une recette toute simple : sur un lit de Star Academy déposez quatre bonnes tranches de Johnny Hallyday recouvertes de quelques feuilles de Céline Dion, assaisonnez d’une franche dose d’Arthur savamment mélangée à un soupçon de Bigard et, sans réfléchir une seule seconde, enfournez dans une salle géante. Servir rapidement car le soufflet retombe très vite… Mais ça rapporte gros !
Comment faire réagir les gens, même ceux qui ne vont pas au théâtre ou sur d’autres lieux où se produit le spectacle vivant ? Il faut comprendre que le sort de la culture ne concerne pas que ceux qui la « consomment », mais tout le monde. Car c’est l’état d’esprit de cette politique qui veut nous débarrasser de notre exception culturelle qui gangrène chaque parcelle de notre quotidien quel qu’il soit.
Est-ce ainsi que les artistes vont pouvoir rester indépendants ?... Regardez ce que la nécessité de l’audience a fait aux journalistes des journaux télévisés !
Je crois qu’on rejoint bien là l’idée qu’on se fait en général de la Droite et particulièrement de ce gouvernement, une idée très bien résumée dans cette phrase que l’on entend depuis la campagne présidentielle et qui a été lancée à la figure de Valérie Pécresse (restée coite) par Philippe Sollers : « Travailler plus pour penser moins ».
Définition. Artiste : être feignant qui passe son temps à penser.
Que dire encore de ce qui m’a agressé à mon retour dans cette pénible réalité ?
Les propos tenus sur les grévistes ! Vous avez sûrement entendu comme moi à quel point les journalistes de télévision étaient de parti pris lorsqu’ils parlaient des grévistes que ce soit pour les régimes spéciaux, les tribunaux, les universités. Tous des empêcheurs de tourner en rond, des délinquants !
Je vous assure, c’est incroyable. Je n’ai pas vu ça au jour le jour, j’ai vu ça en bloc en voulant m’informer sur le sujet que je n’avais pas vécu en direct : plusieurs extraits de journaux qui vous parlent des problèmes occasionnés par les grèves, interrogent en série des usagers mécontents, des étudiants qui veulent rentrer dans leur fac…
Si vous êtes capables de me dire qui faisait grève et exactement pourquoi, de m’expliquer quelles étaient les revendications précises des étudiants et des professeurs simplement en regardant les journaux de vingt heures, je vous tire mon chapeau ! Moi tout ce que j’ai vu et compris c’est « tous derrière les barreaux ces contestataires marginaux qui mettent des bâtons dans les roues à ce merveilleux gouvernement qui veux notre bien à nous les gens normaux qui voulons vivre tranquillement en travaillant honnêtement et gagner notre argent dignement »… Je suis soudain saisi d’un doute : je crois que je ne suis pas normal !
Je vais arrêter bientôt mes hurlements à la lune, mais avant de m’éclipser, une phrase qui a glacé mon sang. Celle de madame Alliot Marie, notre Ministre de l’Intérieur qui a fait un stage intensif chez Margaret Thatcher.
C’était au sujet des polémiques autour des émeutes de Villiers-le-Bel. Elle répondait à un député socialiste qui « s’opposait » (Ah, depuis qu’on leur a dit qu’ils étaient encore dans l’opposition, les socialistes s’opposent, s’opposent et jamais ne proposent !) :
« La police dans les quartiers existe et elle fait son vrai métier, et non pas ce que vous vouliez lui faire faire, c'est-à-dire de faire du sport avec des jeunes »
Bien, bien ! Donc un policier ça fonce dans le tas et ça tabasse les délinquants potentiels au cas où ils deviennent de vrais délinquants. C’est ça, pour le gouvernement « la prévention ». Alors je ne dis pas que les matches de foot entre policiers et habitants des quartiers défavorisés sont un remède miracle, mais il y a dans cette proposition une philosophie qui me parle humainement plus que la répression à tout prix.
Bonne continuation dans le monde réel.
23:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture albanel sarkozy alliot-marie pécresse public spectacle t









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